Engagement syndical et défis de la relance de la protection des droits des travailleurs

La conférence internationale sur le sujet « Engagement syndical et défis de la relance de la protection des droits des travailleurs », organisée par PODKREPA CL et EZA, s’est déroulée à Sofia, du 25 au 27 mai 2017. L’évènement a rassemblé près de cinquante participants, incluant des fonctionnaires bulgares de haut niveau : le ministre adjoint du travail et de la politique sociale, le directeur exécutif adjoint de l’agence de l’emploi, des représentants des employeurs, les présidents des deux confédérations syndicales représentantes nationales, PODKREPA et CITUB, des leaders et des experts syndicaux en provenance de Pologne, de Roumanie, de France, de Belgique et de Bulgarie. Le séminaire a été réalisé avec l’aide financière de l’Union européenne.

La conférence a été ouverte par Veselin Mitov, vice-président d’EZA et secrétaire international de Podkrepa qui a présenté le point principal et les objectifs stratégiques du programme de formation d’EZA pour la période actuelle ainsi que les objectifs du forum actuel, en vue de fournir une plateforme d’analyse et de discussion sur le paquet de propositions de politique sociale, lancé par la CE et regroupé sous le fameux pilier européen des droits sociaux. Le président de PODKREPA, Dimitar Manolov, s’est adressé aux participants, il a exprimé sa satisfaction avec l’actualité du sujet et décrit quelques-uns des problèmes les plus importants, auxquels sont confrontées la Bulgarie et l’Union européenne, directement liés à la répartition inéquitable des richesses, ne faisant qu’augmenter les inégalités et déformant le modèle social. En outre, il a exprimé de manière soucieuse son inquiétude face à la réalité sociale des travailleurs bulgares, la pauvreté et l’exclusion sociale se propagent, chacun se sentant soumis de manière similaire à « l’expérience de survie » en raison de la faible rémunération et du niveau des conditions de travail. Le ministre adjoint du travail et de la politique sociale, Ivailo Ivanov, a noté l’importance d’initier la mesure d’augmentation qualitative des niveaux de vie pour limiter les inégalités, en insistant sur le fait que le Gouvernement bulgare récemment nommé s’était engagé à prendre des mesures efficaces pour négocier un mécanisme transparent de salaire minimum et pour assurer un meilleur environnement économique. Les autres conférenciers de ce groupe politique ont souligné que la Bulgarie ainsi que l’Europe avaient besoin de nouvelles politiques modernes pour relancer la croissance économique, en vue de préserver et de développer notre modèle social unique avec l’égalité des chances et l’accès au marché du travail, des conditions de travail équitables et une protection sociale appropriée et durable. Le président de la CITUB, Plamen Dimitrov, mentionnent l’abord de la solidarité et les questions thématiques.

Dans le premier groupe traitant la situation nationale, la présentation bulgare a souligné l’écart énorme de rémunération et d’inégalité et la disparité dans le développement, économique, tirant les conclusions suivantes :

Le fait de générer la croissance sans développement social équivaut à aggraver les inégalités et la pauvreté.

L’adoption et la mise en œuvre du pilier européen des droits sociaux seront une étape importante vers l’augmentation de la dimension sociale de l’UE, mais elles sont susceptibles de se transformer en instrument officialisant la fracture sociale, dans le cas où elles seraient appliquées seulement aux pays de la zone euro.

Les syndicats devraient intervenir et aborder cette question délicate afin de prévenir ce risque.

 

Les conférenciers du deuxième groupe ont souligné que le pilier européen des droits sociaux était l’une des initiatives les plus importantes pour les citoyens européens ces dernières années, respectivement en Belgique et en France, les citoyens s’attendent à voir « Plus d’Europe » : des actions décisives et des solutions aux problèmes de longue durée et persistants tels que l’inégalité dans la répartition des richesses/2 % des plus riches profitant des

10 % de la valeur ajoutée/du vieillissement et de la migration. En outre, on a souligné que les principes du pilier devaient être définis de manière claire et transparente. Il est important de tenir compte de l’opinion des partenaires sociaux sur la limite entre la compétence européenne et la compétence nationale dans ce pilier, dans le contexte des différentes conditions économiques sociales et fiscales des États membres, et cela non seulement pour les pays de la zone euro.

La question ayant trait aux aspects du travail dans la mise en œuvre des politiques et dans les différents domaines fait partie du pilier et devrait faire partie intégrante des débats. En bref, la stratégie des syndicats devrait être proactive, basée sur la solidarité, clairement déterminée à arrêter le dumping social et le morcellement entre la partie orientale et occidentale, offrant des conditions de vie et d’emploi décentes et équitables à un plus grand nombre de personnes, également en faveur du plein développement et de la pleine utilisation de leur potentiel. L’expert polonais a ajouté que les syndicats devraient concentrer leurs efforts, en particulier concernant l’augmentation des salaires et de ce fait, les demandes des syndicats devraient être axées dans deux directions concrètes :

ü  La croissance des salaires doit être au moins conforme à la croissance de la productivité

ü  La négociation collective à utiliser pour rétablir l’équilibre entre le travail et l’entreprise

 

Dans son intervention, la représentante de Cartel Alpha a parlé du système de relation industrielle en Roumanie détruit par le FMI, n’entraînant aucun accord au niveau sectoriel et une baisse de couverture de 70 %. Elle a souligné le fait que l’exploitation des travailleurs se poursuivait en Europe orientale et que les entreprises occidentales traitaient différemment la main-d’œuvre, ne respectant ni les normes ni les règles.

En résumé, les interventions et les présentations ont suscité une large discussion sur les principaux thèmes : l’Europe a besoin d’un nouveau pilier social moderne qui reflète tous les changements et qui garantisse la croissance, veillant à la qualité adéquate de la formation, au renforcement des normes du travail et des compétences professionnelles si nous voulons que notre Union soit le meilleur endroit où il fait bon travailler et vivre. Le pilier social européen devrait s’appliquer non seulement à la zone euro, mais il devrait en outre prévoir des mesures afin de réduire les différences de revenu qui sont en réalité le pire problème de cohésion en Europe. Les syndicats devraient exiger activement que les droits sociaux et les négociations collectives soient un principe garantissant la dignité et les droits de l’emploi de chaque travailleur et de chaque citoyen.

 

Le deuxième jour, l‘attention a été portée sur le développement des nouvelles technologies, sur les nouveaux phénomènes émergents tels que le « crowd work », (le travail de masse), l’économie partagée et par conséquent, les nouvelles conditions de travail et les exigences professionnelles. Au cours du débat, des propositions concrètes visant à améliorer les activités des syndicats ont été mises en évidence :

 

 

§  À l’ère numérique et du partage de l’économie, les différences entre les travailleurs qualifiés et les travailleurs peu qualifiés augmenteront et par conséquent, une nouvelle approche de la protection du travail, de la formation professionnelle et de la formation en général est nécessaire.

§  Les nouvelles formes d’emploi augmenteront la précarité du travail, ce qui signifie que les syndicats auront des difficultés à protéger ces personnes.

§  On a souligné la nécessité de recherches approfondies et de prévisions du développement économique, sans lesquelles il est impossible d’avoir des pronostics sur le besoin de main-d’œuvre.

 

Des normes minimum pour les droits et la protection sociale devraient être imposées via le pilier social européen.

 

 

 

Les participants ont exprimé qu’ils étaient sérieusement préoccupés par l’aggravation de la fragmentation de la politique du revenu et du marché du travail, l’approfondissement de la soi-disant « Fracture numérique », soulignant que pour le moment et en raison de la situation très dynamique, les syndicats n’avaient pas de réponse concrètes à l’ère numérique et à l’industrie 4.0, mais qu’il était grand temps d’agir et de s’ouvrir aux nouveaux venus sur le marché du travail qui faisaient l’expérience des nouvelles formes d’emploi telles que l’emploi indépendant ou du travail sur les plateformes Internet. Les initiatives des syndicats devraient être généralisées pour tous les travailleurs, qu’ils soient sous contrat de travail ou qu’ils travaillent à leur compte, car ils risquent d’être exploités et parce qu’ils sont vulnérables. Les nouvelles formes d’emploi, dont le partage du travail et l’emploi de masse, le travail indépendant etc. sont la réponse à la demande de

flexibilité. Ces nouvelles formes peuvent avoir une influence positive sur les conditions de travail, mais elles peuvent aller de concert avec l’insécurité de l’emploi, l’isolation sociale et professionnelle et des chances limitées pour l’évolution de carrière. Au lieu de dire que ces formes menacent le modèle social européen, les syndicats peuvent observer la possibilité de les accueillir et de les incorporer dans leur structure de manière appropriée.

Au nom des participants, le dernier groupe sur la voie à suivre a présenté une discussion ouverte ayant suscité un haut niveau d’intérêt. Les principales conclusions peuvent être résumées comme suit :

Ø  La consultation du pilier européen des droits sociaux est très importante ; la discussion initiée par la Commission est opportune et ciblée.

Ø   Le thème est également important pour tous les États membres de l’UE – tous les États membres de l’UE devraient être impliqués.  

Ø  Le dialogue social est extrêmement important et peut fournir des solutions réelles.

Ø  L’enseignement et la formation professionnelle jouent un rôle curial et ont une influence importante sur d’autres éléments couverts par le pilier.

Ø  Il sera important de trouver le juste équilibre (c’est-à-dire entre la dimension sociale et économique, entre l’exploitation des opportunités offertes par les nouveaux modèles de travail et la protection des droits des travailleurs).

Ø  Les syndicats doivent s’ouvrir à tous les travailleurs, qu’ils soient sous contrat ou qu’ils vivent des nouvelles formes d’emploi telles que le travail à leur compte ou le travail sur les plateformes numériques.

Ø  Les syndicats doivent s’ouvrir aux nouveaux partenaires, en créant des alliances avec les autres acteurs de la société civile. De ce fait, les syndicats ont dû appliquer jusqu’à maintenant des stratégies pour renforcer leur légitimité interne en fournissant des résultats concrets pour les travailleurs.

En conclusion, les syndicats doivent renouer avec la solidarité et mettre les problèmes humains et sociaux et humains au cœur de la conception de leurs stratégies. Les syndicats devraient ajouter le lobbying actif, la capacité de mobilisation et de coopération au dialogue social et civil. Cette nouvelle stratégie devrait s’opposer à l’austérité et au dumping, à la fracture de l’Europe, prévoyant l’équité dans la répartition, un revenu décent, un bon travail et de bonnes conditions de vie. Car les syndicats sont exigeants en ce qui concerne l’Europe sociale, mais cela devrait être de rigueur dans notre Europe commune ! C’était la déclaration partagée parmi les participants.

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