L'environnement de travail dans la perspective des partenaires sociaux – La promotion d'emplois décents

Les 13 et 14 mai 2016, une conférence internationale intitulée « L'environnement de travail dans la perspective des partenaires sociaux – La promotion d'emplois décents » s’est déroulée à Vilnius, organisée par la Fédération lituanienne du travail (LDF) avec le soutien de l’EZA et de l’Union européenne.

Plus de 50 dirigeants de syndicats et d’organisations de travailleurs venus d’Allemagne, de Belgique, du Portugal, d’Espagne, de Lettonie, d’Estonie, de République tchèque, de Slovaquie, de Serbie et de Lituanie ont assisté à cette conférence.

La manifestation était divisée en trois parties. La première partie s’est concentrée sur la signification du travail dans la vie des hommes. J. Švedienė, vice-présidente de l’EZA, a accueilli les participants au séminaire au nom de l’EZA. Elle a présenté l’organisation du centre, signalé les derniers développements, actualisé les informations sur ses activités et, enfin, elle a présenté les buts et les objectifs du séminaire.

Le président de la LDF, S. Andriulis, a accueilli les participants au séminaire qui s’étaient réunis à Vilnius. Il a présenté le fil conducteur de la conférence, les missions et le programme de celle-ci et a souhaité à tous de travailler de manière productive pendant ce séminaire.

Monseigneur Ž. Vabuolas a prononcé le discours de lancement en analysant Le Travail du point de vue de l’Éthique Chrétienne et de la Doctrine sociale de l’Église. Cet intervenant a souligné que le sujet du travail décent occupe une place importante dans la Doctrine sociale de l’Église. L’encyclique « Rerum novarum » (Les choses nouvelles) du Pape Léon XIII analyse la relation entre les salariés et les employeurs et enseigne à ces derniers comment respecter la dignité de leurs salariés. Le Pape y abordait le sujet des horaires de travail et d’une rémunération juste pour le travail fourni. Le chômage maltraite la personne en recherche d’emploi. Il met un terme à ses valeurs. D’après l’intervenant, le travail est important pour les êtres humains : il leur donne confiance, ce qui leur permet de prendre soin de leurs proches et de répondre à leurs propres besoins. Pour un individu, le travail est synonyme de dignité.

L. Terlinder, représentante de l’Université catholique de Louvain, a prononcé un discours intéressant analysant LaSatisfaction au Travail et ses différentes composantes en Europe. Comme l’a souligné l’intervenante, le concept de la satisfaction au travail a été développé de différentes manières par de nombreux chercheurs et praticiens. La satisfaction au travail fait référence aux attitudes positives ou aux dispositions émotionnelles que les individus peuvent acquérir à travers le travail ou certains aspects du travail. La satisfaction des salariés au travail devient un sujet d’étude central dans les recherches et les discussions en matière de psychologie du travail et des organisations car elle est supposée avoir un lien avec le rendement professionnel. L’intervenante a souligné les points principaux suivants pendant son discours :

-          Satisfaction au travail = association de caractéristiques du travail et de caractéristiques personnelles ;

-          Cela a des conséquences sur la santé physique et psychologique des salariés, etc. ;

-          Les employeurs peuvent facilement améliorer la satisfaction au travail sans sacrifier la productivité en accroissant la qualité du travail ;

-          Les bons emplois ne sont pas seulement positifs pour chaque salarié, ils le sont également pour les employeurs et la société ;

-          La satisfaction au travail est davantage un long parcours qu’un aboutissement car elle s’applique à la fois aux employés et à l’employeur.

La deuxième partie du séminaire s’est concentrée sur le thème Sécurité et Santé au travail. J.M. Miller, représentant d’EUROFOUND, a présenté l’Analyse comparative sur la Sécurité et la Santé au Travail dans différents Pays Européens. L’intervenant s’est concentré sur la clé des études et des documents européens qui analysent la sécurité et la santé au travail. J.M. Miller a souligné qu’il existe de grandes différences résultant de traditions et de cultures spécifiques dans les relations de travail et l’organisation du marché du travail. Les sociétés font face à une concurrence accrue, notamment de la part de concurrents « low-cost ». Une plus grande pression sur les coûts a des effets néfastes sur l’emploi et les conditions de travail ainsi que sur les normes en matière de santé et de sécurité au travail (SST). Au sein du modèle européen, les partenaires sociaux et le dialogue social en général ont un rôle majeur à jouer pour aider à améliorer les conditions de travail (niveau Eur). L’intervenant a insisté sur le fait que le niveau européen de réglementation et le dialogue social européen sont assez loin des réalités au niveau des ouvriers à travers l’Europe.

N. Šot, représentante de l’Agence européenne pour la Sécurité et la Santé au Travail (OSHA), a réalisé une présentation sur les Campagnes de l’OSHA favorisant des postes de travail sains et sûrs. Comme l’intervenante l’a souligné, fournir des conditions de travail sûres et saines tout au long de la vie professionnelle constitue un avantage pour les salariés, les entreprises et la société dans son ensemble. C’est le principal message de la Campagne 2016–17 pour des lieux de travail sains.

La Campagne 2016–17 pour des lieux de travail sains intitulée « Des lieux de travail sains à tout âge » a quatre objectifs clés :

- promouvoir le travail durable et le vieillissement en bonne santé dès le début de la vie professionnelle ;

- prévenir les problèmes de santé tout au long de la vie professionnelle ;

- fournir aux employeurs et aux salariés des moyens de gérer la sécurité et la santé au travail dans le contexte d’une main d’œuvre vieillissante ;

- encourager l’échange d’informations et de bonnes pratiques.

L’intervenante a conclu sa présentation par les constatations suivantes. La main d’œuvre européenne vieillit. L’âge de la retraite recule et les vies professionnelles sont susceptibles de s’allonger. Travailler est bon pour la santé physique et mentale et une bonne gestion de la santé et la sécurité au travail accroît la productivité et l’efficacité. Les changements démographiques peuvent engendrer des problèmes mais garantir une vie professionnelle durable aide à relever ces défis. Enfin, N. Šot a invité tous les centres membres de l’EZA à participer à cette campagne.

Les collègues syndicalistes d’Espagne et d’Estonie ont partagé leurs meilleures pratiques sur le thème de la Participation des Représentants des Travailleurs dans les Politiques de Sécurité et de Santé.

Le représentant de la Confédération lituanienne des Industriels, S. Besagirskas, a expliqué Les efforts des employeurs visant à inciter les employés à créer un environnement favorable pour eux-mêmes. L’intervenant a souligné que de nos jours, les ressources humaines sont reconnues par un nombre croissant d’organisations à travers le monde comme un atout majeur. Premièrement, la capacité à sélectionner, attirer et garder les bons employés est donc cruciale pour le succès d’une organisation et engendre de nouveaux défis et une plus grande importance des professionnels des ressources humaines dans les organisations. D’autre part, il existe également une concurrence croissante parmi les employeurs quant à leur réputation et leur stratégie de marque. Néanmoins, la plupart des employeurs en Lituanie, ainsi qu’à travers le monde, retourne la question en demandant comment devenir un employeur de choix et s’ils possèdent les attributs d’un employeur attractif. D’un point de vue mondial, la perception d’un employeur attractif ou d’un lieu de travail attractif est également fortement influencée par le contexte national. Les employeurs lituaniens concentrent en premier lieu leur attention sur les caractéristiques d’un employeur attractif liées au contenu du travail des employés et aux facteurs ayant une influence directe. On fait moins d’efforts pour créer et fournir un environnement de travail attractif tandis que la récompense et la motivation des employés font l’objet de très peu d’attention de la part des employeurs. Il semble que cela pourrait à nouveau être expliqué par le contexte lituanien.

L’intervenant a donné de nombreux exemples pratiques sur ce sujet. S. Besagirskas a critiqué les institutions budgétaires à cause de leur faible productivité et de méthodes de gestion désuètes.

La troisième partie de la conférence était consacrée au thème de la Responsabilité Sociétale des Entreprises. Le président du conseil d’administration de l’Association des Entreprises Responsables de Lituanie, A. Alijošiutė, a réalisé sa présentation sur le thème « Existe-t-il des entreprises responsables en Lituanie ? ».

D’après cet intervenant, la Lituanie n’a pas une très longue expérience dans la gestion de la RSE bien qu’elle ait fait de nombreux progrès dans ce domaine. Participation au réseau national lituanien des entreprises responsables, prix nationaux pour les sociétés responsables, projets financés par l’Union européenne et le gouvernement lituanien, sensibilisation de la société, changement de la culture de consommation : tels sont les résultats obtenus par la Lituanie en seulement quelques années. Ils montrent que la responsabilité sociétale est le fruit de la coopération entre l’État, la société et les entreprises. Les recherches montrent que les sociétés ont un avantage à être socialement responsables car cela améliore leur réputation et leur image et accroît la confiance des clients et des employés. Néanmoins, certaines voix doutent du fait que les sociétés utilisent seulement le mouvement RSE en tant qu’outil marketing, claironnant leur conformité avec les règles légales obligatoires, une chose qu’elles doivent faire quoi qu’il arrive, sans contribuer réellement en supplément au bien-être des communautés avec lesquelles elles travaillent. Cela soulève la question de savoir si le système juridique lituanien et les sociétés lituaniennes sont prêts à relever un véritable défi en matière de RSE.

L’intervenant a souligné que la Lituanie a encore beaucoup à faire pour que la RSE puisse devenir naturellement utile à la fois pour l’État, la société et les entreprises. Certains des facteurs les plus importants qui favorisent la compréhension de l’avantage procuré par la RSE sont l’information et l’éducation de la société ainsi que la promotion de valeurs. Il est important de souligner non seulement l’avantage pratique mais aussi l’avantage émotionnel de la RSE.

Ensuite, la vice-présidente de la LDF, J. Soms, a expliqué Les méthodes éprouvées de l’entreprise « AQ Wiring Systems ». La société a reçu le prix de l’entreprise socialement responsable.

Les représentants de SS BOFOS et FIDESTRA ont présenté le thème « Une bonne ambiance sur le lieu de travail : un facteur de motivation pour les employés ». Ils ont ainsi partagé les meilleures pratiques dans leur pays.

V. Scharlowsky, représentant de la DGB, a présenté l’Implication des syndicats dans la création d’un environnement de travail sûr. Le système de santé au travail allemand existe depuis plus d’un siècle. Il fournit un modèle de bonne gouvernance basé sur la santé dans toutes les politiques, finançant et fournissant efficacement des services de santé au travail complets en collaboration avec les autorités de l’inspection du travail nationale et les associations de partenaires sociaux.

D’après cet intervenant, le rôle des syndicats en ce qui concerne les lieux de travail insalubres est très important. Un certain nombre de stratégies plus vastes peut être appliqué par les syndicats pour structurer les activités SST dans des lieux de travail insalubres. Le syndicat peut identifier ces lieux de travail en échangeant des informations avec les employés, la direction et les propriétaires des usines. L’élément important est que les syndicats peuvent jouer un rôle en lien avec le suivi et l’incitation à la conformité vis-à-vis des règlementations SST. Les facteurs organisationnels sont un point essentiel à l’origine de problèmes SST et en conséquence, il convient de trouver une solution qui se serve de l’intégralité des ressources de l’organisation, notamment de ses employés. Le syndicat peut également jouer un rôle déterminant en établissant des comités SST participatifs de manière à ce que les employés soient activement impliqués dans l’évaluation des risques, l’établissement de normes de sécurité et la formulation de politiques. Une représentation équilibrée entre le syndicat et la direction est essentielle pour garantir que les salariés puissent véritablement influencer ces processus.

L. Nemcova a prononcé le discours « Éthique commerciale, droit et justice dans le monde d’aujourd’hui : le cas de la République tchèque ».Comme l’a souligné l’intervenant,il faut se souvenir que la société tchèque a considérablement changé après la Révolution de velours en 1989 : le système politique, économique, social et culturel s’est métamorphosé. Il y a eu de nombreuses illusions, des grands idéaux, de nombreuses attentes et visions. La société a commencé à établir la liberté en tant que base et à créer une économie de marché.

L’intervenante a également mentionné que la nouvelle couche de la population, les « entrepreneurs », a été créée avec différents objectifs et que le capital étranger a également été investi avec différents objectifs. Pour réfléchir ensemble à une éthique des affaires, on a décidé de se concentrer sur les valeurs qui constituent la colonne vertébrale de tout projet, de l’appréciation de notre pays et de la promotion des relations sociales, qui créent une alternative concrète au modèle consumériste du profit à tous prix. Il est important de tenir compte des groupes de la société, la plupart dans le besoin, qui ont pourtant souvent été oubliés. Cela inclut la famille dans laquelle l’expérience professionnelle, le sacrifice qu’elle implique et les fruits qu’elle porte trouvent un sens et une importance. Cela comprend également ces catégories de personnes plus faibles et plus marginalisées, comme les plus âgés et les jeunes, dont le potentiel de travail devrait être prisonnier de l’incertitude et du chômage. Tous ces points forts combinés peuvent faire la différence.

La dernière partie de la conférence était axée sur le partage des meilleures pratiques ; les groupes de travail ont débattu sur les questions suivantes :

1. Comment renforcer la contribution des partenaires sociaux dans la création de conditions de travail saines et sûres pour les employés ?

2. Quel est le rôle de l’État dans la promotion d’emplois sûrs, sains et dignes ?

3. Comment renforcer la coopération des salariés et des employeurs dans le domaine de la promotion de la responsabilité sociétale des entreprises ?

Si l’on veut résumer les présentations et les débats, nous pouvons dire qu’en Lituanie, la santé et le bien-être des travailleurs sont compris au sens strict. Lorsqu’ils abordent la sécurité et la santé des salariés au travail, les partenaires sociaux comme les autorités publiques limitent principalement leur attention à la prévention des accidents au travail et aux maladies professionnelles ainsi qu’à divers facteurs physiques négatifs persistants sur le lieu de travail.

Pour être en bonne santé et satisfaits de leur emploi et pour travailler de manière productive, les employés ont besoin de meilleures conditions de travail pour leur bien-être. Le bien-être des salariés est l’un des facteurs clés servant à définir l’efficacité des organisations sur le long terme.

Mais il ne suffit pas de garantir la sécurité et la santé au travail pour avoir des employés en bonne santé physique et mentale satisfaits de leur emploi. Il est également nécessaire de favoriser leur bien-être au travail. L’environnement de travail au niveau psychosocial est un domaine essentiel pour le développement du bien-être des employés.

Il est nécessaire que les partenaires sociaux étudient les possibilités d’efforts conjoints qui permettraient d’améliorer l’environnement de travail et l’organisation du travail de manière à établir un lien entre l’amélioration de la productivité et l’augmentation de la valeur ajoutée par salarié. La pleine implication des partenaires sociaux est essentielle pour parvenir à des emplois décents. L’organisation solide du syndicat sur le lieu de travail, la négociation collective entre les salariés et les employeurs et le droit à l’information et à la consultation, permettant aux individus de peser sur la manière dont leur travail est organisé, devraient être appuyés par une protection sociale et des normes juridiques adéquates. La Responsabilité Sociétale des Entreprises a un rôle à jouer pour inciter les employeurs à relever le niveau des normes mais elle ne devrait pas remplacer les accords négociés ni les règles juridiquement contraignantes.

RÉSOLUTION

Plus de 50 représentants de syndicats et d’organisations de travailleurs venus d’Allemagne, d’Espagne, du Portugal, de Lettonie, d’Estonie, de Belgique, de Serbie, de République tchèque, de Slovaquie et de Lituanie ont tenu des débats sur :

  • La signification du travail dans la vie des hommes : dignité humaine et travail du point de vue de la Doctrine sociale de l’Église ;
  • Santé et sécurité au travail : santé et sécurité au travail dans différents pays européens, campagnes de l’OSHA faisant la promotion de conditions de travail sûres et saines ;
  • Environnement de travail, encourager le bien-être des salariés et les efforts des employeurs pour motiver leurs salariés, création d’un environnement favorable ;
  • Avantages de la Responsabilité Sociétale des Entreprises ; besoins et avantages d’une entreprise éthique et responsable ;
  • Implication des syndicats dans la création d’un environnement de travail sûr et sain ; rôle des partenaires sociaux dans la promotion de lieux de travail décents.

DÉCLARATION DES PARTENAIRES SOCIAUX :

1.    La pleine implication des partenaires sociaux est essentielle pour parvenir à des emplois décents.

2.    Un dialogue social adéquat est important pour mettre en œuvre des normes de qualité élevées en matière d’emplois, posées à la fois pour les entreprises et pour les salariés.

3.    L’organisation solide du syndicat sur le lieu de travail, la négociation collective entre les salariés et les employeurs et le droit à l’information et à la consultation, permettant aux individus de peser sur la manière dont leur travail est organisé, devraient être appuyés par une protection sociale et des normes juridiques adéquates.

4.    Développer et maintenir un environnement de travail sain et une main d’œuvre en bonne santé possède de nets avantages pour les sociétés et les salariés ; cela peut également entraîner une amélioration du développement social et économique au niveau local, régional, national et européen.

5.    Il est nécessaire de sensibiliser les consciences à l’importance de la santé et de la sécurité au travail et d’identifier des manières d’intégrer cette santé et cette sécurité dans les programmes d’enseignement et de formation nationaux conformément aux pratiques et aux usages de chaque pays.

6.    Les programmes d’expansion de l’emploi dans tous les pays européens doivent tout d’abord se concentrer sur la création d’emplois sûrs et sains.

7.    Les gouvernements de différents pays doivent allouer davantage de fonds et de mesures à l’inspection et à l’évaluation de la santé et de la sécurité au travail.

8.    Il est nécessaire d’utiliser les meilleurs exemples de pratique d’autres pays où les normes de sécurité au travail sont plus strictes.

9.    Les partenaires sociaux doivent exiger une attitude responsable vis-à-vis d’un employé, d’une entreprise, des conditions de travail et des relations industrielles ainsi que la mise en œuvre de politiques sociales responsables et morales.

10.  La Responsabilité Sociétale des Entreprises a un rôle à jouer pour inciter les employeurs à relever le niveau des normes mais ne devrait pas remplacer des accords négociés ni les règles juridiquement contraignantes.

11.  Il existe un besoin de coopération plus étroite entre les partenaires sociaux afin de promouvoir des lieux de travail décents et d’intensifier la RSE entre les entreprises, notamment entre les petites et moyennes entreprises.