EZA MAGAZINE

Le dialogue social dans les entreprises multinationales dans les matériaux de construction et l’industrie de la construction

Une conférence intitulée « Le dialogue social dans les entreprises multinationales dans les matériaux de construction et l’industrie de la construction » a été organisée par BIE Int. (Bouw-Industrie & Energie International), en coopération avec le syndicat des travailleurs de Serbie dans l’industrie des matériaux de construction et du syndicat autonome des travailleurs dans la maintenance routière à Belgrade, du 15 octobre au 17 octobre 2017, avec l’aide financière d’EZA et de l’Union européenne.

La conférence faisait partie du projet spécial d’EZA pour les organisations de travailleurs dans les Balkans occidentaux « Renforcer le dialogue social – façonner l'intégration européenne ».

Les participants à la conférence étaient des représentants des syndicats de branches venus de Roumanie, de France, des Pays-Bas, de Belgique, de Croatie et de Serbie.

Au cours de la conférence, on a discuté du dialogue social dans les différents pays et les entreprises multinationales. Les différents outils pour organiser et promouvoir un dialogue social véritable ont été présentés et discutés. Une attention particulière a été portée au cas de LafargeHolcim qui a signé récemment un accord pour un nouveau Comité d’entreprise européen et qui signera des ACM incluant l’installation d’un forum global pour le dialogue social. La participation active était prévue dans l’établissement du programme, le travail de groupe et les discussions plénières.

Les conclusions suivantes ont été adoptées :

  1. Les syndicats demandent et attendent des multinationales qu’elles fournissent un travail décent, le droit d’organisation, la liberté d’association et les négociations collectives. Un cadre promouvant le véritable dialogue social et des partenaires sectoriels forts et représentatifs sont la condition préalable au développement de relations industrielles durables et au dialogue social. Les participants ont exprimé qu’ils étaient prêts à poursuivre le dialogue social à tous les niveaux, du niveau de l’entreprise au niveau national en passant par le niveau sectoriel.
  2. Le renforcement du dialogue social dans les multinationales sera davantage promu et développé à travers :
  • des syndicats forts et représentatifs, avec une adhésion active au sein des entreprises multinationales ciblées
  • la poursuite du développement des réseaux syndicaux mondiaux et régionaux au sein des entreprises multinationales
  • la confiance et le respect mutuel entre les représentants des syndicats et des employeurs,
  • l’unité et la solidarité entre les syndicats à travers les frontières
  • un cadre juridique favorisant un véritable dialogue social ; dans ce sens, les participants à la conférence condamnent les attaques néolibérales continues menées contre les syndicats et les institutions pour le dialogue social, spécialement, mais non seulement en Europe centrale et orientale et dans les Balkans.
  • les participants à la conférence soulignent que la liberté d’association et le droit au dialogue social et aux négociations collectives sont inscrits et protégés par l’OIT (conventions fondamentales), les lignes directrices de l’OCDE sur les entreprises multinationales et réglementés par les directives de l’UE sur l’information et la consultation des travailleurs.
  1. Les accords-cadres mondiaux (ACM) et les directives de l’OCDE sur les entreprises multinationales sont un outil pour promouvoir et respecter les conventions de l’OIT.
  • les participants conviennent que, pour s’engager dans un véritable dialogue social, les syndicats doivent travailler à accomplir un « meilleur rapport de force » dans la relation entre les partenaires sociaux ; cela exige des syndicats forts et représentatifs pouvant compter sur l’adhésion active dans l’atelier de fabrication.
  • Les participants à la conférence se sont déclarés prêts à utiliser pleinement les ACM et les directives de l’UE sur les entreprises multinationales en tant qu’outil pour l’organisation des travailleurs et en tant que point d’entrée pour la poursuite du développement du véritable dialogue social. En cas d’infraction ou d’autres obstacles aux principes énoncés dans les ACM, les syndicats participants présenteront des arguments clairs et utiliseront activement le mécanisme de plainte. Les participants conviennent qu’il est essentiel de mettre en place et de développer davantage les réseaux syndicaux régionaux et mondiaux au sein des entreprises multinationales afin de renforcer le pouvoir syndical et d’appliquer les dispositions garanties par les conventions de l’OIT, les ACM et les directives de l’OCDE.
  • Les participants soulignent que, pour que l’ACM fonctionne dans la pratique, il est important de prévoir un exemple de contrôle et de renforcement. Les participants saluent la création de la conférence annuelle LafargeHolcim, c’est-à-dire du « Comité d’entreprise mondial de LH prévue dans l’ACM LH.
  • Les participants soulignent l’importance du Comité d’entreprise européen (CEEE) dans la mise en place et le développement de réseaux syndicaux régionaux et mondiaux. Le CEE peut jouer un rôle important dans ces réseaux, étant donné que cet organe de dialogue social transnational social au sein de l’UE est garanti et protégé par la législation de l’UE.
  • Les participants soulignent l’importance du Comité d’entreprise européen (CEE) pour la FETBB (c’est-à-dire du coordinateur syndical du CEE), de l’IBB et des organisations syndicales du pays d’origine où se trouve le siège social des entreprises multinationales pour promouvoir et « animer » le réseau syndical régional et mondial.
  1. L’UE est la seule région au monde dotée d’un cadre juridique clair qui oblige les entreprises multinationales à organiser un dialogue social transnational, c’est-à-dire le Comité d’entreprise européen.
  • Les participants à la conférence sont invités à participer activement à l’existence des Comités d’entreprise européens. Une attention particulière devrait être accordée à la désignation et/ou à l’élection des membres du CEE. Trop souvent les membres des CEE ne sont pas des syndicalistes et ne sont pas soutenus par le syndicat ou même « choisis par la direction ».
  • Il est d’une grande importance que le CEE et toutes ses instances, par ex. le comité choisi, puissent être également représentatifs sur une base régionale. Nous avons besoin d’exemples positifs et des modèles de rôle de l’Europe centrale et orientale au sein du CEE.
  • La FETBB organise des formations pour les représentants des CEE, Il est important pour les membres du CEE que la FETBB joue un rôle crucial.
  • Lors de la négociation d’un nouvel accord de CEE, il est important d’essayer et d’impliquer les syndicats des pays adhérents tels que la Serbie. Cela peut être réalisé en prévoyant des sièges d’observateur au sein du CEE.
  1. Le secteur de la construction routière et de l’entretien des routes est un sous-secteur très spécifique avec des réglementations spécifiques. Les participants considèrent qu’il est prioritaire de continuer à développer davantage le réseau paneuropéen de construction routière et d’entretien de routes.
  • ACV BIE et la CGT organiseront une conférence pour le secteur de la construction routière et de l’entretien des routes en 2018. Cette conférence aura lieu à Houffalize.

En Croatie, une entreprise de construction publique chinoise participe à la soumission d’un grand projet d’infrastructure. L’offre de la société chinoise est de 40 % inférieure à la deuxième offre. Les participants à la conférence conviennent que les entreprises de construction chinoises veulent pénétrer le marché de la construction de l’UE et qu’il est de la plus haute importance de suivre ce cas de très près. Les participants invitent le syndicat croate à envoyer des informations détaillées sur ce cas à la FETBB. Les participants pensent que cela serait un bon argument en faveur d’un lobbying conjoint avec les fédérations d’employeurs croates et européennes dans le contexte de la concurrence loyale et de la création d’une concurrence équitable.

 

  1. STRABAG a une réputation particulièrement mauvaise en Europe centrale et orientale et dans les Balkans en ce qui concerne le temps de travail et les conditions de travail. Les travailleurs de cette région ont le sentiment d’être traités comme travailleurs de deuxième classe par rapport aux travailleurs du pays d’origine et des autres pays d’Europe occidentale.
  • Les participants suggèrent que ce serait une bonne idée de lancer une campagne pour pousser STRABAG à changer d’attitude envers les travailleurs et les syndicats dans cette partie de l’Europe.
  • La FETBB a introduit un projet européen sur la promotion du dialogue social, STRABAG est l’une des entreprises multinationales ciblées dans cet accord. Les participants à cette conférence sont invités à participer activement à ce projet. Plus d’informations sur ce projet seront envoyés par la FETBB.
  1. La CRH est une entreprise ciblée pour la mise en place d’un réseau syndical.
  • Après la cession d’actifs en raison de la fusion entre Lafarge et Holcimin, la CRH est devenue un acteur régional et mondial très important dans l’industrie des matériaux de construction. La CRH dispose d’un Euroforum mis en place depuis 1996. Selon la législation actuelle, l’accord et la pratique de l’Euroforum sont bien en deçà des normes minimales. C’est une priorité pour la FETBB et les participants à la conférence d’ouvrir des négociations avec l’entreprise pour réviser l’accord, fixant les normes qui devraient permettre un véritable dialogue social au niveau européen.
  • Dans certains pays de l’UE et dans la région paneuropéenne, la CRH a une très mauvaise réputation concernant les questions sociales. Blocage actif et/ou minage du dialogue social dialogue et rôle des syndicats. Récemment, il y a eu de graves problèmes et des conflits sévères en Ukraine entre le syndicat et la direction locale.
  • ACV BIE prendra l’initiative d’organiser une conférence paneuropéenne avec les syndicats présents à la CRH. L’objectif de cette conférence sera de cartographier la présence syndicale à la CRH, de mettre en place un réseau syndical régional à la CRH et de convenir d’une campagne pour pousser la CRH à entamer des négociations en vue de réviser l’accord Euroforum existant et de changer d’attitude envers les syndicats et le dialogue social.
  1. Même si un dialogue social existe, les déclarations des participants sont les suivantes :
  • violation des droits des travailleurs en raison du non-paiement des heures supplémentaires, usurpation du temps libre des travailleurs destiné au repos et à la famille,
  • insister sur le fait que les travailleurs exercent des emplois variés durant lesquels ils sont exposés à un risque énorme de blessures et constamment en état d’alerte et stressés,
  • la crainte de perdre son emploi détruit la solidarité entre les syndicats et les travailleurs, entraînant un manque d’action collective (grèves et manifestations),
  • les travailleurs sont privés de primes et de répartition des bénéfices, alors que les équipes de managers obtiennent des primes de plusieurs millions en guise de récompense pour avoir mis en œuvre les mesures impopulaires mentionnées auparavant.

Via les activités conjointes et l’échange d’expériences dans les réseaux mondiaux et régionaux, recherche de solutions pour atténuer les problèmes listés.

  1. Les participants saluent les résultats de la conférence et espèrent poursuivre ces discussions et ces réflexions sur une base structurelle. Les participants expriment qu’ils auront des réunions de ce genre deux fois par an. L’organisation dépend de la disponibilité de financement. ACV BIE analysera les ressources possibles et le financement du projet.
  2. Les participants veulent exprimer leur gratitude envers l’UE et EZA ainsi qu’EFBWW, qu’ACV-BIE et que CNV dont le soutien financier a permis d’organiser cette conférence.